Satire
Le constat scientifique, ou son absence, transforme les manifestations en terrain d’expérimentation hormonale.
Depuis les dernières foulées de protestation, des dizaines de milliers de femmes ont signalé des retards, des crampes et des pertes de sang inattendues, qu’elles attribuent à l’inhalation du gaz lacrymogène. Le ministère de la Santé, en bon gardien du silence, déclare le phénomène « probablement lié à la fatigue », tandis que le Parlement s’interroge sur la pertinence d’allouer un budget à la recherche sur les « effets secondaires de la répression ».
À l’Institut national des Sciences Approximatives, le professeur Edmond Vexé, directeur de l’établissement, avance une hypothèse qui frôle le sacré. « Le principal composant du gaz, le chlorobenzène, possède une structure chimique rappelant les hormones stéroïdiennes, ce qui pourrait, par voie d’incertitude, perturber le cycle menstruel », explique-t-il avec la certitude d’un homme qui ne possède aucune donnée empirique. Son équipe de trois stagiaires, armés de calculatrices à quatre fonctions, a produit un modèle statistique qui estime que 42,7 % des manifestantes exposées pourraient voir leurs règles « dévier de plus ou moins trois jours », marge d’erreur incluse.
Solange Lucide, sociologue de comptoir, intervient en rappelant la logique des mouvements sociaux. « Quand les autorités ne veulent pas reconnaître l’impact du gaz, la société civile crée son propre laboratoire », soutient-elle, en citant les témoignages publiés sur les réseaux sociaux, où chaque femme décrit son « cycle d’exception ». Elle ajoute que l’absence de données officielles pousse les manifestantes à mesurer leurs pertes à l’aide d’applications de suivi menstruel, transformant chaque manifestation en étude de cohorte improvisée.
Un haut fonctionnaire, qui a requis l’anonymat mais qui n’a pas hésité à tout dire, décrit la situation comme un « vide scientifique de trois dimensions ». Selon lui, le ministère de la Recherche a reçu 1 824 demandes de financement depuis le début du mois, mais aucune n’a été traitée, faute de « priorité budgétaire ». Il prédit que, si le phénomène était validé, le gouvernement pourrait être contraint de remplacer les grenades lacrymogènes par des bombes à confettis, moins susceptibles d’interférer avec les cycles hormonaux.
Dans les couloirs du Sénat, les députés débattent d’un projet de loi visant à interdire tout agent irritant dépourvu de preuve d’impact sur la santé reproductive. Le texte propose, entre autres, la création d’un comité d’évaluation composé exclusivement de membres de l’Institut national des Sciences Approximatives, afin de garantir que chaque hypothèse soit testée « au moins une fois, même si le résultat est un échec ».
En fin de compte, le véritable scandale ne réside pas dans les crampes des manifestantes, mais dans le fait que la science officielle préfère l’approximation à la vérité, transformant le corps des femmes en tableau noir où s’écrivent les limites du pouvoir.
Pièce justificative : basé sur « Gaz lacrymo : des milliers de femmes témoignent de troubles menstruels après les manifestations » (sciencesetavenir.fr).
Article satirique. La vérité fait mal mais elle fait du bien. Alors ne la prenons pas trop au sérieux.
