June 23, 2020

L’UMD Henri Colin le QHS de Paul Guiraud qui fait honte à la psychiatrie

L’ UMD (Unité pour Malades Difficiles) Henri Colin de l’Hôpital Psychiatrique Paul Guiraud est un des rares hôpitaux prison de France avec Rouen et quelques autres. Comment peut on faire subir  une double peine et emprisonner ceux qui sont déjà prisonniers d’eux-mêmes ? Pensées pour tous les autistes et psychotiques emmurés dans ces unités et qui ne demandent qu à sortir de leur isolement, illégal et inconstitutionnel.

L’UMD Henri Colin est un univers carcéral (la France savait y faire dans les années 20, 30 et 40 comme ensuite : sous De Gaulle (1958 – 1969), les effectifs des hôpitaux psychiatriques ont explosé, notamment avec les “rapatriés” d’Algérie – cf. les Harkis récalcitrants et celles et ceux qui n’ont pas “su” s’adapter) décrit dès le sortir de la 2ème guerre mondiale dans “La tête contre les murs” d’Hervé Bazin, 1949. Ce livre avait été un des principaux succès de librairie de l’après 2ème guerre avec “Bonjour tristesse” de Françoise Sagan. Ce réquisitoire contre les asiles d’aliénés qu’Hervé Bazin avait connu puisqu’il avait été interné quelques mois au Césame d’Angers en fin d’adolescence, avait participé au développement du courant désaliéniste (Lucien Bonnafé, François Tosquelles, Philippe Paumelle) dans les années 1960 – 70.

Espérons que la QPC (Question Particulière de Constitutionnalité) du Conseil Constitutionnel du 19 juin 2020 qui a déclaré inconstitutionnel l’isolement et la contention en milieu psychiatrique viendra mettre un terme à ces univers carcéraux que sont devenus les UMD en France. Un grand merci à :

  • Me Raphaël MAYET, Avocat du Barreau de Versailles
  • Adeline HAZAN, CGLPL ( Contrôleuse Générale des Lieux de Privations de Liberté)
  • André BITTON, Président du CRPA ( Cercle de Réflexions et de propositions d’actions pour la psychiatrie)

qui ont contribué par leurs conclusions à cette QPC historique qui libère les chaînes des psychiatrisés de France car la liberté guérit et fait partie intégrante de l’équation de la guérison

L’espoir chez les soignants est incarné par Dr Mathieu BELHASSEN, trublion de cette nouvelle génération de psychiatres, qui défraie la chronique  dans son dernier ouvrage “Santé Mentale le Bonheur sous Contrôle” et qui appelle à des Etats Généraux de la Psychiatrie. Le Dr BELHASSEN se revendique du Courant psychothérapie institutionnelle. Il a été un des jeunes psychiatres (le plus jeune) qui ont été au départ du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire formé en décembre 2008 après le discours odieusement sécuritaire du Président Nicolas Sarkozy du 2 décembre 2008 dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique Erasme d’Antony (Hauts-de-Seine).

Cette jeune géneration de psychiatres, organisée dans le “Club des 39“, souhaite la fin du codage, cette tarification à l’acte, qui mine et mercantilise les soins psychiatriques au risque de les vider de leur substantifique moëlle thérapeutique. Ces “psychiatres alternatifs” ne veulent plus être les bouc-émissaires d’une société ultra-capitaliste qui cherche à optimiser la santé mentale pour atteindre ses objectifs de compétitivité et de croissance. L’hôpital ne saurait être “le placard des rebus” de cette société qui annihile les consciences humaines. L’avenir de la psychiatrie serait-il dans un développement durable de décroissance qui revaloriserait l’humain au détriment du capital et replacerait le citoyen au centre des préoccupations économiques politiques et sociales. C’est le constat sans concession que dresse Mathieu BELHASSEN et ses acolytes, un constat qui ne va pas sans une redéfinition de la réussite sociale et du bonheur. A diagnostique rock’n roll, remède de cheval.

De plus en plus de voix parmi les aidants familiaux, les tiers compétents, les psychiatrisés, les 2 millions de français qui sont dans la file active de la psychiatrie se font entendre pour que les portes du milieu psychiatrique s’ouvrent sur la Cité, que la psychiatrie d’éprouvette, du tout psychotrope, que le règne du tout chimique cesse, que l’isolement et la contention qui mènent si souvent aux suicides voire à la défenestration cessent, que les psychiatrisés aient voie au chapitre, que des thérapies cognitives, alternatives, comportementales, psychothérapeutiques et psychanalitiques soient plus souvent explorées,  que la part belle soit faite aux psychiatrisés en société, que la société ne les relègue pas au placard comme des citoyens inaptes à une société où la compétitivité est la valeur cardinale, que la société soit plus bienveillante et tolérante avec les altérités, les singularités des citoyens, que la réussite sociale ne soit plus un carcan mais une opportunité accessible à tous et soit conjuguée au pluriel universel.

La psychiatrie n’est pas que l’affaire des psychiatres, il faut s’inspirer des modèles américains et anglo-saxons où ce sont les usagers, les psychiatrisés qui dirigent l’équivalent des Agences Régionales de Santé (ARS), les hôpitaux, reprennent le leadership de leur destin, de leur communauté de psychiatrisés, où le psychiatrisé est le “Client”, le “Roi” et non plus le “Cobaye” de l’hôpital, c’est une véritable inversion de l’échelle des valeurs qu’il faut appeler de nos voeux, collectivement, à l’échelon associatif, soignant, aidant, territorial, exécutif, judiciaire et étatique car la psychiatrie c’est d’abord l’affaire des psychiatrisés mais enfin l’affaire de tous.

Sauver la psychiatrie qui se meurt à petits feux, laissée pour compte, parent pauvre de la médecine, c’est sortir la France de la crise existentielle qu’elle traverse depuis la fin des 30 glorieuses, pour une France apaisée, prospère et solidaire.

Hilal EL AKRAMINE ( Un grand merci à André BITTON pour sa relecture éclairée)

 

 

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